Rapport moral 2007


Vous allez trouver sans doute que mon intervention d’aujourd’hui ressemble fort à celle que j’avais prononcée l’année dernière . C’est que, malgré tous les efforts accomplis par notre association, les problèmes demeurent. Ils ont même tendance à s’aggraver, parce que nos rangs s’éclaircissent, nous vieillissons, et les petites misères de la vieillesse réduisent considérablement l’efficacité de nos actions.

Je vous disais l’an passé « il faut, le plus vite possible, renforcer les rangs des Amis de la Résistance ». Je vous dis aujourd’hui : « Il y a urgence ! » C’est devenu, pour l’ANACR, une question de vie ou de mort.

Les Anciens Résistants survivants sont aujourd’hui de vieux messieurs et de vieilles dames. Les plus jeunes d’entre eux ont dépassé les quatre-vingts ans. Chaque jour ou presque nous apprenons la disparition de camarades, dont, voici peu, nous admirions encore la vivacité d’esprit et la vigueur physique. Il n’est que temps de tirer la sonnette d’alarme, et d’entreprendre une véritable campagne d’adhésions aux Amis de la Résistance. On sait que notre récent congrés national vient de décider la fusion avec les Anciens, afin que nul, demain, ne prétende contester la légitimité des plus jeunes qui sont prêts à reprendre le flambeau lorsque nous aurons tous disparu.

Ici, depuis de longues années déjà, un groupe dynamique d’Amis de la Résistance travaille aux côtés des Anciens Résistants. Ces Amis ne se contentent pas de nous aider dans les tâches pratiques. Déjà, ils prennent des initiatives . Ce sont eux qui, notamment, de puis plusieurs années, organisent la cérémonie de célébration du 27 mai, à la date anniversaire de la création, en 1943, du Conseil National de la Résistance. Il leur arrive d’accompagner les Anciens, lorsque ceux-ci vont apporter leurs témoignages devant des élèves des lycées et collèges. Demain, ils auront acquis assez d’assurance pour sur la base de ce qu’ils auront appris de la bouche de leurs aînés, donner aux lycéens et collégiens d’aujourd’hui des éléments de connaissance de la Résistance rendus plus accessibles par la plus grande jeunesses des nouveaux orateurs.

Si nous attachons une telle importance à la Résistance et à sa signification, ce n’est nullement par goût de la gloriole ou par surestimation des actes accomplis. C’est parce que nous voulons que la Résistance, construction sans précédent, réel dans l’histoire de France, soit prise en compte dans sa spécificité. Nous ne prétendons pas que les Résistants soient considérés comme moralement supérieurs aux autres combattants. Mais nous voulons que soit mise en évidence devant les jeunes générations la lucidité de ces volontaires qui surent démasquer Pétain et ses complices, créer leurs propres formes de lutte, et, quand il le fallut, aller jusqu’au sacrifice suprême.

Cette mémoire, nous la transmettrons, dans le plus rigoureux respect de la vérité historique . Et nous incitons nos Amis à surmonter leur timidité pour, à leur tour, faire connaître la Résistance aux jeunes auditoires. C’est à ce prix seulement qu’une période historique unique pourra être portée à la connaissance des hommes et des femmes de demain. Puissent-ils y trouver le moyen de démêler l’écheveau des politiques nationales et internationales, et de mettre fin à des guerres incessantes qui entraînent la mort de centaines de milliers d’hommes et de femmes de par le monde.

Si quelque jour la terre dans sa totalité pouvait retrouver la paix ; si tous les hommes et les femmes accédaient à des lendemains où le bonheur serait possible ; et si les efforts des Anciens Résistants et de leurs Amis étaient enfin couronnés de succès , alors, je crois, les Anciens Résistants pourraient définitivement dormir tranquilles.

Nous n’en sommes pas là.
Cette année encore, le 2 Janvier, j’ai assisté à la cérémonie de la ferme des Limattes à Signes. Pas de neige sur le plateau battu des vents. Mais il faisait très froid. Et je pensais à cette matinée tragique au cours de laquelle, voici déjà 63 ans, des soldats allemands massacrèrent une poignée de maquisards surpris en plein sommeil. Leur mort fut atroce. Mais déjà, en ce début d’année, l’espoir avait changé de camp. Et la victoire, en dépit des apparences, était du côté des martyrs.

Lorsque, à la Libération, sans vanité ni tapage, les Résistants ont regagné leurs pénates, ils pouvaient croire que le monde allait enfin vivre en paix.

Hélas ! Il faut aujourd’hui déchanter. Des guerres se déroulent en divers points du globe. Des conflits ensanglantent des régions entières de la planète.

Les hommes et les femmes du 21 ° siècle seront-ils assez sages pour trouver enfin le chemin de l’entente entre les peuples ? Nous osons encore l’espérer. Car le monde a besoin de la paix pour continuer une marche en avant jalonnée hélas de terribles obstacles.

Ceux et celles qui, aujourd’hui, sont chargés de préparer pour la jeunesse de demain un monde meilleur, un monde agréable à vivre, se doivent de refuser la guerre, et de reprendre pour mot d’ordre : « paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ! »

Et, parce que l’espoir est ancré dans le cœur des hommes, il n’est pas interdit de croire que la mémoire du sacrifice des Résistants, tombés à Signes et ailleurs, pourrait avoir une influence non négligeable sur les événements actuels.

Merci, Amis de la Résistance Seynois, d’avoir accepté de devenir les passeurs de cette mémoire !






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Pages réalisées par Louis VAISSE